Compassion pour l'adversaire en nous

En Aïki on entend souvent dire que l'attaquant n'est pas notre adversaire, qu'il est notre partenaire et que notre vrai adversaire est en nous.

Correctement interprétée cette réflexion est un moteur d'évolution personnelle. Encore faut-il également se comporter avec bienveillance vis-à-vis de cet adversaire intérieur. Ainsi donc cet adversaire intérieur est-il également le partenaire de notre évolution personnelle.

auto compassionC'est là qu'intervient l'auto-compassion (self-compassion en anglais).

Bien souvent nous faisons preuve d'infiniment plus de comprehension pour les autres que pour nous-mêmes. Il y a différentes raisons pour cela

  1. notre culture et tradition judéo-chrétienne a longtemps valorisé l'auto-flagellation, le sacrifice et le martyr, considérant que le bonheur est une vertu qui doit se mériter
  2. Les erreurs doivent être sanctionnées. L'école en est une belle illustration quand dès les premières années, les professeurs soulignent les fautes en rouge.
  3. la sélection naturelle exige que nous soyons les meilleurs et qu'à défaut nous sommes condamnés à ne pas survivre
  4. la tradition freudienne qui suggère que l'être humain est mû par différentes pulsions morbides, destructives, agressives
  5. la tradition behavioriste qui sanctionne tout compromettent non désiré

 

Mon émotion est mon partenaire

emotionDans la pratique Aïki, on a coutume d'appeler celui qui nous attaque, le partenaire plutôt que l'attaquant. Il s'agit pourtant bien d'une attaque, c'est-à-dire d'une action offensive qui a pour but de vaincre, de blesser ou d'infliger une perte.

L'auteur de l'attaque est appelé partenaire car il apporte une action, une énergie qui me permet d'agir dans l'attitude aïki c'est-à-dire dans un processus d'acceptation et de transformation pour transformer l'offense en opportunité de dialogue et de rencontre.

Lorsqu'il s'agit de vivre des émotions - et je pense ici en particulier aux émotions désagréables telles que la peur, la tristesse, la colère - il en va de même. L'émotion est une énergie. Elle peut nous envahir et nous causer un mal considérable voire nous anéantir. Faire de l'émotion est notre partenaire transforme notre manière de la vivre.

Tout d'abord, cela nous dissocie de l'émotion. Si l'émotion est mon partenaire, l'émotion n'est pas moi ou plutôt, je ne suis pas mon émotion. Distinction peu évidente dans notre expérience quand l'intensité de notre ressenti est particulièrement aigüe. Lorsque l'émotion est forte, nous tombons dedans, nous devenons celle-ci. Nous ne pouvons plus voir qui est qui, qui ressent quoi. Faire de l'émotion notre partenaire c'est prendre conscience que je suis plus que mon émotion, que je ne suis pas mon émotion et que je peux ainsi l'accueillir, comme un partenaire.

Ensuite, l'émotion est ma partenaire et pas mon ennemie. L'idée de combattre une émotion négative semble aller de soi. Qui voudrait prolonger ces moments d'inconforts plus ou moins intenses? Pourtant les combattre c'est les renforcer. C'est un des grands enseignement de l'aïki. Poussez contre un mur, celui-ci qui était là et ne demandait rien à personne, se voit soudain dans l'obligation de produire une force inverse à la vôtre et d'intensité égale. La résistance à une force renforce celle-ci. Lutter contre une émotion augmente sa puissance en plus de captiver notre attention. Si j'en fait ma partenaire voire même mon alliée, elle prend une tout autre dimension. Ses effets positifs émergent, le sens du message se révèle et m'invite à m'ouvrir à l'expérience de l'instant. Cueillir la perle de la blessure, apprendre de cette tristesse, de cette colère qui me rappelle que je vis, que je sens, que je ressens.

L'aïkicom et la pleine conscience nous invite à accueillir sans juger et à grandir dans l'expérience sans nous appesantir ni nous échapper.

Métro, centrage, présence à soi

 

metro_bruxellesLa bouche de métro avale goulument les navetteurs. Les corps se frôlent, les regards se perdent dans la foule qui bruisse des grésillements s’échappant des casques de lecteurs MP3.

Je suis le flux des gens qui s’éclate lorsqu’il s’agit de choisir la direction de destination et le quai qui lui correspond. Envie de hâter le pas histoire d’attraper la rame qui peut être est déjà là qui m’attend. L’escalator continue de se dérouler à son allure de sénateur et je tente de gagner quelques mètres en dépassant les navetteurs immobilisés sur leur marche de métal. Arrivé sur le quai, déception de ne pas voir le métro espéré m’accueillant à portes ouvertes. Regard à gauche puis à droite, coup d’œil sur l’indicateur qui représente la ligne de métro pointillée de lumières qui s’allument pour indiquer la position des rames. 2 lumières éteintes : 3 minutes d’attente. Regards soutenu sur l’indicateur puis sur le quai pour trouver la meilleure place. J’observe les voyageurs, je scrute l’horloge, je n’existe plus que dans l’attente de cette rame qui n’en finit pas de ne pas venir.

S T O P !!!

Respiration ample, relâchement des épaules, le regard se décrispe, l’attention donne du mou : je suis ici, maintenant ! La rame n’existe pas, pas encore tandis que moi je peux redevenir présent dans la conscience d’être, d’exister, de respirer, de vibrer. Sensations plus précises dans le corps : la tension de la lanière du sac en bandoulière, chaleur des pieds dans les chaussures, vent chaud de la station, odeurs mélangées laissées par les voisins de quai. Le centrage opère et transforme ma réalité.

Soudain le temps ..

se relâche, .. il s’élargit et avec lui l’espace. Quelle différence, une expérience totalement différente : le stress de l’attente s’est muté en présence et offre un moment de méditation qui devient précieux.

La rame peut venir, je suis à nouveau dans le flux, les portes s’ouvrent et je glisse dans le flot, le mouvement n’altère pas la présence, il l’enrichit.

« L’important n’est pas de rester centré mais bien de remarquer lorsque je ne le suis pas et d’y revenir »

la porte d'ascenceur

ascenceur0 Vivre dans la présence, du moins le plus possible.

En tout cas saisir chaque instant que la vie offre pour revenir à soi et s'ouvrir à ce qui se présente. Je rentre dans cet ascenceur, me retourne appuie sur le bouton du cinquième étage et regarde le couloir et la rue en attendant que la porte se ferme.

J'utilise ce moment pour revenir dans mon centre ce qui a pour effet d'amplifier mon acuité sensorielle à tout événement pouvant se produire.

La porte se ferme me coupant de la vue et j'ai cette sensation de perte. Une porte qui se ferme n'est-ce pas une opportunité perdue, un choix qui se dérobe?

Et lorsque l'ascenceur se met en mouvement et s'élève je prends conscience que si cette porte ne s'était pas fermée je n'aurais pas pu m'élever pour aller là où je voulais aller. Etrange sensation que cette prise de conscience que cette sensation quasi-désagréable de perdre une opportunité par cette porte qui se ferme soit le point de départ pour autre chose, ce que je veux, pour déboucher sur une autre porte que je ne vois pas encore et qui s'ouvrira ...  le moment venu!