L'instant subtil de la bascule

fil sonnerie, entre le signalAu début d'une relation, on avance avec prudence. Quelles sont limites que je ne dois pas dépasser ? Que doit-on faire ensemble ou pas? A-t-elle envie que je l'accompagne ? Passera-t-on Noël dans sa famille ou dans la mienne?

On évolue à tâtons un peu comme ce jeu pour enfant où l'on tient une tige se terminant par un anneau métallique que l'on doit déplacer d'un bout à l'autre d'un fil métallique plié de manière compliquée et connecté à une sonnerie. Au début le parcours est facile, il suffit d'avancer. Puis cela se complique et les contorsions commencent jusqu'à l'inévitable sonnerie, le buzz qui nous indique que nous avons passé la limite.

Parfois la sonnerie retentit après coup.

"Je croyais que c'était bon pour toi si je ne t'accompagnais pas"

"Je pensais que tu aimais ce genre de film?"

Non seulement nous ne demandons pas à l'autre ce dont il a envie mais en plus nous n'exprimons ce que nous croyons avoir deviné.
Un peu comme si cela relevait de l'évidence. La vie est faite d'une multitude de détails. Autant de choses qui peuvent être reçues plus ou moins bien.

Au début, nous filtrons et ne retenons que ce qui nous plait. On passe déjà si peu de temps ensemble!

Puis, avec le temps,  ces petites choses, ces détails changent de nature pour devenir des agaceries. Un exemple devenu mythique? Le tube de dentifrice!

Pourtant tout était là depuis le premier jour, depuis le premier sourire, le tube de la discorde, celui par qui tout peut basculer et nous ramener dans la dure réalité des choses.

S’il est clair que l’on ne peut pas tout dire, tout demander et faire de chaque détail de la vie un point à l’ordre du jour, il reste à développer cette sensibilité personnelle, dans la connexion à l’autre, qui nous fait détecter ce moment subtil de la bascule.

note: le tube est une image tirée du livre "Agacements" de Jean-Claude Kaufmann à lire avec plaisir

 
 

La communication et le couple

Communiquons, communiquons ! C'est certainement l'invitation la plus entendue à notre époque. Et curieusement l'intérêt croissant pour la communication s'accompagne d'un nombre croissant de couples qui divorcent ou se séparent.

Y a-t-il un lien ou est-ce le pur fruit du hasard? Sans doute peut-on lier la notion de communication à celle du sens, de la signification et c'est bien sur à la signification de ce qu'est être en couple que je fais allusion. La meilleure communication du monde ne peut aider à résoudre les problèmes de couple si ceux-ci ne reposent pas sur un socle commun, un socle de sens partagé, une vision, un projet. Auparavant le couple était le ciment social, la structure économique, familiale fondamentale. Il n'était pas nécessaire de bien communiquer, le ménage tenait à coup de "il faut", de "je dois" et d'une solide dose d'abnégation. Les couples actuels ont grandi avec le paradigme du développement personnel, de la liberté individuelle, du bonheur voire du plaisir immédiat.

Dur dur de concilier individualisme et contraintes de la vie en couple. Se marier, c'est partager à deux les problèmes que l'on n'aurait pas eu tout seul nous dit cette maxime dont j'aimerais me rappeler l'auteur. Le couple ne tient alors qu'à un fil.

Le partenaire qui n'apporte plus le lot de plaisir, de bien-être est jeté pour un autre qui aura sans doute un avenir équivalent. Manque bien sur à ce schéma réducteur le lien, le vrai, celui dans lequel j'engage mon être vrai, dans lequel je reconnais l'autre et je suis reconnu.

Mais une fois de plus, cela risque d'être insuffisant.

Je et je ne sont pas suffisants pour former un couple.

Cela engendre ces relations asymétriques: tu m'aimes, je t'aime moins ou pas du tout, ou inversement. Quand j'en ai assez de mon reflet dans tes yeux, je pars pour d'autres yeux.

Dans l'approche AïkiCom on parle du centrage. Si les anciennes générations se caractérisaient par une perte de centre, une disparition de tout ce qui forme l'individualité de la personne face au rouleau compresseur des normes sociales et des contraintes économiques, la génération suivante a repris contact avec son centre, sa verticalité mais n'a pas encore créé et nourri la connexion à l'autre.

La meilleure communication du monde n'y changera rien si elle se limite à un verbiage aussi élaboré et respectueux soit-il.

Ce qui manque c'est le lien corporel, celui qui nous connecte d'être à être et qui permet l'ouverture des frontières jalousement gardées par notre ego.

Ce n'est qu'alors que la communication sera juste, en mots, attitudes et en gestes.