Méditation - La pleine conscience Aïki

Revenant d'une semaine de retraite de méditation, j'ai envie de partager cette vidéo vraiment comique, ou du moins qui amusera tout qui s'est essayé à la méditation.

Quand l'esprit se promène

Curieuse sensation de déjà vu en promenant mon chien.
Tellement semblable  aux moments de médiation quand je tente d'apaiser mon esprit et que je constate qu'il agit comme mon chien.
Souvent devant, il me tire et m'entraîne là où il a envie d'aller.
Tout l'intéresse et il ne s'attache à rien tant il est avide de nouveauté.
Et quand j'allonge la laisse il va simplement plus loin car c'est sans doute à la limite qu'il sent qu'il existe.
Parfois il s'arrête. Il se cherche une nouvelle distraction. Puis il trouve et repart de plus belle.
En observant le chien, je me vois observer mon esprit vagabond.
Je pourrais me sentir contrarié de ne pas le maîtriser, de le laisser m'entraîner.
Ce serait oublier le plaisir de l'instant, le plaisir de la promenade, de ce moment réservé à n'être que là.

Je peux alors comme une double présence: moi et le moi qui m'absente.

Je ne suis pas Bruxelles

Que reste-t-il de ce tremblement de guerre, de ces explosions qui ont effacés d'un trait la vie de tant de personnes et noirci la vie de leurs proches?

Des blessés, qui n'en reviennent toujours pas d'être encore en vie et pour qui chaque matin est un prodige ... que leur témoignage enrichisse nombre d'entre nous qui ne voient que l'accroc dans une vie qu'ils ont peint en morne.
Des rassemblements de solidarité où déjà l'émotion s'émousse tant elle est noyée par le dégueulis de tweets nauséabonds, de réactions politiques qui puent l'opportunisme.
Des personnes qui tentent de concilier empathie pour les proches des victimes avec l'envie de clamer qu'ils continueront de vivre comme avant.
Des vagues d'infos dénonçant l'incapacité de nos pays de s'unir pour contrer ces agressions terroristes
Le silence du monde financier qui n'a d'yeux que pour les indices boursiers et des entreprises qui ne veulent pas voir que leur ingénierie fiscale ampute les Etats des moyens d'assurer une justice efficace et juste, une sécurité qui a les moyens de faire autre chose que de courir derrière les drames plutôt que de les anticiper en coopérant avec les autres Etats.

Et tout doucement l'a normalité revient. Les media finissent d'épuiser le filon "attentat" et se cherchent de nouveaux os à ronger

je suis BruxellesEt là, au-delà du vacarme et des larmes, il y a le souvenir de ces attentats, des personnes disparues dont on découvre des visages et l'histoire qui est si semblable à la nôtre et nous font dire: mon dieu, comme cela aurait pu être moi!

Non, décidément, je ne suis pas Bruxelles. Je suis celui ou celle qui aurait voulu être encore là.

 

e-mail, guerre propre de la communication

Répondre à un email dans l'émotion c'est la guerre propre de la communication: envoyer la réponse comme ces avions qui larguent à haute altitude leur bombe sur la cible sans voir de près l'impact. Une opportunité de de retrouver sa liberté d'agir autrement !

Il y a des jours comme cela où il nous est donné de tester notre cohérence.

Il y a des gens comme ça qui vous offrent - sans le savoir et malgré eux - des opportunités de voir si vous avez progressé dans la voie de la bienveillance martiale !

Reçu ce jour un message d'une ancienne connaissance qui a cru bon de réagir à un post sur facebook. Je ne recopie pas ce message ici mais sachez qu'il semble évoquer le fait que je n'ai pas compris quelque chose et qu'il est désolé pour moi.

send-angry-emailA la lecture de ce message, mon sang ne fait qu'un tour et presque impulsivement je clique sur le bouton "répondre" pour envoyer une réponse bien sentie. Tellement facile de riposter à ce message jonché de fautes d'orthographe qui m'assène un jugement avec un brin de paternalisme condescendant. Tellement facile de répondre dans le même ton, en sortant une autre vérité en réponse à sa vérité.

Un coup pour un coup. Il l'a bien cherché après tout. Je ne lui demandais rien et il vient spontanément me dire qu'il est désolé pour moi!
Le premier jet de réponse est un pur produit de cette colère qu'a déclenché la lecture de ce message. Court, tranchant et sans faute d'orthographe 🙂
Je relis, je suis content. J'ai vidé mon sac.

Petit détecteur en moi: est-ce Aïki ?

Je peux imaginer la réaction, la colère, la frustration quand il lira cette réponse. C'est le but.

cible-guerre-propreCette réaction je peux l'imaginer mais je ne la verrai pas. Comme ces bombes larguées à haute altitude dans les guerres modernes. L'e-mail c'est la guerre propre de la communication. On ne voit pas les dégâts de près. On vise, on largue, on sourit puis on se barre, le sentiment du devoir accompli.

Bien sûr on s'attend à une riposte. Elle sera sans doute avec un niveau d'agressivité supérieur, preuve que la cible a été touchée.

Qu'aurai-je gagné, lorsque je lirai cette réponse à ma réponse qui me replace dans la même situation qu'au début: un nouveau courriel désagréable auquel je ne pourrai répondre que de la même manière. Pas vraiment le choix.

Curieux mouvement perpétuel de l'agression qui est en fait une spirale négative qui aggrave les choses jusqu'à la victoire espérée par KO.
Je me pose, je me centre.
J'ai pris le temps d'imaginer ce scenario n°1. C'est bon, j'ai l'effet escompté. J'ai senti le "Na!" qui aurait ponctué l'envoi de ma réponse. Si j'en avais besoin, je suis comblé.
J'ai imaginé sa réaction, je me suis défoulé.
Je peux reprendre pied dans la réalité.
Et envisager autre solution: redevenir Aiki.
Utiliser ce courriel pour pratiquer, pour améliorer mon équilibre. confirmer dans l'action mon engagement à contribuer par cette petite action, cet incident mineur, à changer le monde, localement, à mon niveau, tel le colibri.

Etre Aïki c'est désamorcer l'agressivité.

Je reprends, j'écris, je relis.
Est-ce Aiki?
Cela part-il du centre?
Cela nourrit-il une énergie d'harmonie plutôt que d'agression?
Cela accueille-t-il l'autre ?
Est-ce que je me sens respecté dans ma réponse ?

Je peux aisément voir son message comme l'expression maladroite d'un malaise. Lequel ? Pas vraiment mon problème même si je peux imaginer qu'il veut me donner une leçon. Cette simple idée m'est désagréable mais le mouvement qu'a déclenché son courriel est maintenant tout autre. Je peux aisément le rassurer. Lui dire qu'il n'a pas de raison d'être désolé. Que je gère comme le disent les ados aujourd'hui.

kanji-choisirIl avait envoyé le courriel en position haute, celle du donneur de leçon, celui qui a compris. S'il s'attendait à une réponse agressive ou à une absence de réaction, je l'ai amené dans le déséquilibre d'une réponse inattendue. Je replace la relation sur un pied d'égalité, de personne à personne. Je n'ai pas raison et il n'a pas tort. J'ai ma vision de la réalité et il a la sienne. Je ne cherche pas à lui faire changer d'avis, je lui donne mon feedback.
Je veux le reconnaitre comme personne à part entière et pas comme donneur de leçon. J'espère ainsi l'influencer et l'amener à faire de même pour moi mais sans attente car cela lui appartient. L'amener dans un espace de dialogue plutôt que sur un ring de boxe. Lui faire sentir que sa "leçon" est tombée dans le vide et qu'à la place, il est entré en communication avec une personne plutôt que de larguer un jugement sur une cible.

Je relis, je suis satisfait, j'envoie.

Après j'accepte toute réaction possible. Il entendra ou non le message. Sa réaction en sera une indication.
Et s'il ne répond pas, je ne garderai de cette expérience que le fait d'avoir eu une opportunité supplémentaire de m'entraîner à la bienveillance martiale.


PS: Il serait tentant de croire que la vraie maîtrise consisterait à passer directement au scenario 2 sans passer par la réaction spontanée de colère. C'est sans doute ce qui distingue l'AïkiCom des autres applications de l'aïkido à la communication. Si  je veux être une personne vivante, j'accepte ma vulnérabilité. J'accepte - car je crois que c'est inévitable - de me sentir touché. Car non seulement il n'est pas possible de se blinder contre toutes les formes d'agressions possibles mais en plus cela nous rend insensible et nous extrait de la vie.
Ce qui me semble plus intéressant de travailler c'est ma capacité d'accueil de mes émotions, d'explorer les résonances que l'événement a éveillé, et de savourer la capacité de revenir dans le choix: c'est-à-dire de pouvoir choisir de ne pas réagir impulsivement avec nos comportements de toujours.
Avec l'entrainement la phase initiale se fait de plus en plus courte et rapide et transforme ce qui devait être initialement un événement désagréable en opportunité de grandir.
Merci la vie!

Entrer dans la vie, le principe irimi

Un principe fondamental en AïkiCom est le principe irimi qui veut dire s'engager. Il est parfois traduit en aïkido par "entrer dans la chair" pour signifier aller à la rencontre de l'attaquant plutôt que d'essayer de fuir ou d'éviter l'attaquer par manque de courage ou peur d'être blessé.

Bien souvent, nous évitons le conflit par peur des représailles, des conséquences.
Bien souvent, nous hésitons à nous lancer dans un nouveau projet, à quitter un emploi qui nous déplait, par peur de perdre ce que nous avons, dans la crainte de ne pas réussir.
Bien souvent, nous hésitons à dire "je t'aime" par peur de ... par peur de quoi en fait ?

La vie nous appelle à nous lancer, à quitter notre zone de confort, à oser la rencontre. C'est ça le principe irimi!

C'est entrer dans la vie

Cette vidéo est une fantastique illustration qui  illustre mieux que 10.000 mots le principe Irimi, !

Vivre normalement

retrouver l'espoir, le témoignage d'une réfugiée syrienne bloquée à la frontière de la HongrieJ'ai vu cette vidéo de cette mère de famille syrienne, auparavant professeur d'anglais dans la banlieue de Damas et qui a choisi de fuir pour retrouver l'espoir d'une vie ailleurs car là d'où elle vient c'est l'enfer. Elle est même prête à confier sa fille pour qu'elle grandisse et puisse aller à l'école, normalement et elle serait même prête alors de retourner dans son pays déchiré.
Voir cette vidéo et revenir aux tracasseries du quotidien, à la liste des choses à faire, à la voiture qu'il faut aspirer, à ce roman que l'on voudrait terminer.

Et la question émerge : Est-ce possible de vivre normalement ?

quand des personnes sont dans le désespoir ou se font tuer,
quand des personnes mal intentionnées exploitent la douleur de ceux qui n'ont d'autre choix pour chercher un lieu de vie et de survie que de faire fructifier leur business malsain,
quand des politiques sensés nous représenter n'agissent ou agissent mal dans la seule optique de rester élus et ont perdu toute vision politique à moyen ou long terme?

Puis on éteint l'écran et on retrouve le quotidien avec ses bonheurs, ses plaisanteries, ses petites contrariétés.
Se sentir coupable ?
Pas du tout.
Se sentir concerné ? Oui bien sûr.

Il nous faut vivre dans la conscience de ce que nous vivons de nous tenir informé et d'ouvrir grand ouvert notre espace de compassion pour ces familles, ces personnes en détresse qui ont l'énergie de marcher pour se mettre à l'abri et retrouver l'espoir, non pas d'une vie meilleure, mais d'une vie tout court.

Et bien sûr qu'il y a de la place pour d'autres attentions, pour des difficultés sans doute moins criantes mais néanmoins bien présentes chez nous ou chez des proches.

Bien sûr qu'il est encore permis -- ce serait un comble --  de rigoler, de déconner, de plaisanter ou simplement de sourire à la vie dans ses manifestation quotidiennes.

Être vivant c'est être soi, sensible à ce que l'on vit et ouvert, connecté à ce qui se passe autour de soi.

Sans tension, sans lamentation, sans morosité, sans fatalisme, sans excès.
Mais cela ne veut pas dire sans action, sans expression, en laissant faire et sans rien dire.
Le quotidien n'est pas un refuge ou je me cache le drame de ceux qui en cherchent un.

Le quotidien est un espace de présence et de connexion qui prélude à l'action.
À son niveau, à partir de soi, à partir de chez soi et sans chercher à tenter de résoudre tous les problèmes du monde.
Mais sans pour cela se résigner ou attendre que ce soit les autres qui bougent.

Une fois encore le colibri se manifeste et nous siffle à l'oreille: chacun fait sa part!

 

 

 
 
 
 
 
 

Prendre la responsabilité de notre expérience

Article extrait et adapté du livre "Ne Cessez pas d'être gentils, soyez forts"

Certains comportements nous énervent plus que tout. Ils ont cette capacité d’éveiller en nous ces parties de nous-mêmes que nous avons enfouies ou ces attitudes que nous ne nous sommes pas autorisées à vivre. Lorsqu’elles émergent, nous nous sentons en colère ou triste ou parfois même honteux sans vraiment savoir pourquoi. Le réflexe classique dans ces situations consiste à chercher l’ennemi à combattre à l’extérieur de nous-mêmes.

Romuald est artiste-peintre. Il vit seul et est convaincu que son désordre est une condition essentielle de sa créativité. Le jour où il rencontre Sophie qui comme lui vit de son art, c’est le coup de foudre. Tout les rassemble. Très vite ils décident de vivre ensemble. Mais très vite le désordre de Sophie l’irrite. Il ne retrouve plus ses affaires dans ce nouveau désordre et cela donne lieu à de fréquentes disputes. En dialoguant après une dispute particulièrement intense, Romuald réalise qu’à travers le désordre de Sophie, c’est son propre désordre qui l’irrite et à quel point ce qu’il appelait « son côté créatif » peut être désagréable. Cette prise de conscience lui donnera l’énergie de modifier son comportement et ses habitudes.

L’émergence de ces parties éveillées par la présence de l’autre provoque l’extériorisation d’un combat intérieur. Nous ouvrons un nouveau front. Le combat est perdu d’avance car nous nous trompons d’adversaire. Le couple est le terrain de prédilection de ce genre de malentendu. Certains couples évoquent plus les champs de bataille que des terres d’amour et de tendresse. Vivre à deux, dans l’intimité et au quotidien, multiplie les opportunités d’éveiller ces parties de nous-mêmes que nous avons laissées en friche. Lorsque cela se passe, des émotions de peur, de passion, de colère parfois très intenses se manifestent. Nous nous sentons surpris dans notre vulnérabilité par la personne la plus proche de nous qui fait émerger des aspects de nous-mêmes que nous voulions cacher. Nous avons la sensation que quelque chose ne va pas chez nous. Cette sensation est amplifiée par la voix de notre critique interne qui accentue un sentiment de dévalorisation. Nous basculons alors en mode défensif et cherchons à neutraliser la source de la menace en la portant sur notre partenaire. Nous extériorisons le combat intérieur.

Nous voulons que l’autre voie notre vraie nature, notre beauté intrinsèque, mais le problème est qu’il nous est parfois difficile d’apprécier cette beauté fondamentale qui est en nous. L’image que nous avons de nous-mêmes est une fausse identité, une façade que l’on voudrait que tous admirent. Si même cela arrive, cela ne nous satisfait pas. Nous voulons que notre partenaire voie cette beauté intrinsèque qui est en nous et qui dépasse toute notion de bon ou de mauvais. Tant que notre partenaire voit notre belle façade, tout semble aller pour le mieux. Mais au fur et à mesure que notre intimité s’approfondit, les belles apparences se craquèlent. Ce que nous voulions garder secret se révèle au grand jour créant ainsi son cortège d’émotions désagréables. Et nos réactions de défense ont de manière paradoxale, tendance à accentuer les aspects négatifs que nous voulons masquer. Une personne qui a peur d’être abandonnée pourra ainsi devenir agressive et provoquer l’abandon qu’elle redoute. Une personne qui croit que ses besoins ne seront jamais satisfaits les masquera s’assurant ainsi qu’ils ne seront jamais comblés et en fera le reproche à son partenaire. Nous créons ainsi notre propre malheur, mais nous l’attribuons à l’autre. Tant que ce processus se répète, nous ne pouvons pas progresser.

La vie nous offre de multiples occasions de nous sentir impuissants, de ne pas maîtriser la situation et le couple en est un bel exemple. Maintenir cette image de contrôle est assez épuisant à la longue.

La solution pour éviter de partir en croisade à l’extérieur de nous et faire de son partenaire la source de la menace consiste à inverser la logique d’auto-rejet. En rejetant une émotion négative qui émerge du plus profond de nous, nous la transformons en alien, en étranger. Nous lui donnons une consistance propre, un statut d’ennemi. N’ayant jamais appris à accueillir ces sentiments négatifs avec auto-empathie, nous sonnons l’alerte, nous affutons nos armes et surtout, nous portons le combat à l’extérieur de nous, à savoir avec notre partenaire.

Une solution pour sortir de cette boucle infernale et épuisante consiste à prendre la responsabilité de notre expérience. Plutôt que d’accuser l’autre d’être responsable de mon émotion (« Pourquoi me fais-tu me sentir aussi mal ? ») et d’essayer de le changer, nous transformons notre regard sur notre expérience en en prenant la responsabilité, c’est-à-dire en prenant à notre compte la réponse que nous lui apportons.

La rencontre avec l’autre devient ainsi une opportunité d’évolution[1], de travailler sur ce que Jung appelait « notre ombre ».

[1] Cette opportunité unique ne peut se passer que dans des conditions particulières que nous évoquerons.

Mon émotion est mon partenaire

emotionDans la pratique Aïki, on a coutume d'appeler celui qui nous attaque, le partenaire plutôt que l'attaquant. Il s'agit pourtant bien d'une attaque, c'est-à-dire d'une action offensive qui a pour but de vaincre, de blesser ou d'infliger une perte.

L'auteur de l'attaque est appelé partenaire car il apporte une action, une énergie qui me permet d'agir dans l'attitude aïki c'est-à-dire dans un processus d'acceptation et de transformation pour transformer l'offense en opportunité de dialogue et de rencontre.

Lorsqu'il s'agit de vivre des émotions - et je pense ici en particulier aux émotions désagréables telles que la peur, la tristesse, la colère - il en va de même. L'émotion est une énergie. Elle peut nous envahir et nous causer un mal considérable voire nous anéantir. Faire de l'émotion est notre partenaire transforme notre manière de la vivre.

Tout d'abord, cela nous dissocie de l'émotion. Si l'émotion est mon partenaire, l'émotion n'est pas moi ou plutôt, je ne suis pas mon émotion. Distinction peu évidente dans notre expérience quand l'intensité de notre ressenti est particulièrement aigüe. Lorsque l'émotion est forte, nous tombons dedans, nous devenons celle-ci. Nous ne pouvons plus voir qui est qui, qui ressent quoi. Faire de l'émotion notre partenaire c'est prendre conscience que je suis plus que mon émotion, que je ne suis pas mon émotion et que je peux ainsi l'accueillir, comme un partenaire.

Ensuite, l'émotion est ma partenaire et pas mon ennemie. L'idée de combattre une émotion négative semble aller de soi. Qui voudrait prolonger ces moments d'inconforts plus ou moins intenses? Pourtant les combattre c'est les renforcer. C'est un des grands enseignement de l'aïki. Poussez contre un mur, celui-ci qui était là et ne demandait rien à personne, se voit soudain dans l'obligation de produire une force inverse à la vôtre et d'intensité égale. La résistance à une force renforce celle-ci. Lutter contre une émotion augmente sa puissance en plus de captiver notre attention. Si j'en fait ma partenaire voire même mon alliée, elle prend une tout autre dimension. Ses effets positifs émergent, le sens du message se révèle et m'invite à m'ouvrir à l'expérience de l'instant. Cueillir la perle de la blessure, apprendre de cette tristesse, de cette colère qui me rappelle que je vis, que je sens, que je ressens.

L'aïkicom et la pleine conscience nous invite à accueillir sans juger et à grandir dans l'expérience sans nous appesantir ni nous échapper.

Être dans le flux (1) - percevoir

le fluxVous avez sans doute déjà vécu ces moments où tout semble aller de soi. Vous pensez à quelqu'un et il ou elle vous téléphone. Vous cherchez une place de parking et un conducteur démarre comme pour vous céder la place.

Vous lancez un projet et vous croisez des personnes intéressées vous proposent d'y collaborer.

Ces moments sont forts, intenses, interpellants. L'Univers s'est-il modifié pour vous aider ou quelque chose dans votre manière de penser a changé?

A moins d'être adepte de théories new age plus ou moins fumeuses ou convaincu de l'impact significatif au quotidien des approches tirées de la physique quantique, il semble bien que ce soit notre état d'esprit qui se soit modifié. Et quand j'écris état d'esprit, je devrais plutôt parler d'état d'être. Ce genre de situations se produisent lorsque nous sommes alignés.

Être, pensées, émotions sont en phases. Un phénomène de résonance s'active qui nous rend particulièrement disponibles. Nous sommes alors à même de repérer ce que nous n'aurions même pas vu en d'autres temps. Car c'est bien au niveau de notre qualité de perception que cela semble se passer. Perception en nous et perception de notre environnement.

Percevoir, c'est repérer et filtrer. Repérer tout d'abord. Si je ne sors pas de chez moi, je ne risque pas de faire de rencontres. Et lorsque je sors, je dois m'ouvrir à ces rencontres. L'état d'être dans lequel je me trouve me place dans une sorte de fréquence. Telle une radio réglée sur ma station préférée, je suis inondé de fréquences transmettant toutes les stations mais je n'en capte qu'une. Si mon tuner est mal réglé et qu'il capte une bande de fréquence trop large, j'entendrais plusieurs émissions à la fois. Le résultat sera plutôt déplaisant. Je peux également balayer le spectre de fréquence à la recherche d'une station qui m'intéresse. Il en va de même pour moi.

Si je veux faire une rencontre et que mes critères sont ultra-précis et exigeants, il y a de fortes chances que je ne ferai pas cette rencontre. Par contre si je me place dans un état d'ouverture adéquat, je peux "balayer" mon environnement, tel un faisceau de lumière dans l'obscurité, et y repérer l'une ou l'autre chose, l'une ou l'autre personne susceptible de m'intéresser. Si je "balaye" trop vite, je ne parviendrai pas à identifier quoi que ce soit. Si je continue de balayer sans prendre le temps de rencontrer, je passe en mode zapping et je me condamne à une éternelle recherche qui n'aboutira qu'à mon épuisement.

Lorsque je recherche une station de radio qui m'intéresse, je dois savoir ce que je cherche. Je recherche des infos, de la musique pop, du jazz, du classique ? Mon esprit a fait un choix préalable et se met dans un état de réceptivité "orientée", sorte d'état de disponibilité à recevoir certaines choses et à éliminer les autres. Lorsque je trouve quelque chose dans mon environnement qui répond aux critères de ce que je recherche, je m'arrête. Je m'oriente. J'accueille. Les moments qui suivent me confirmeront ou démentiront ma première impression. Le choix initial se déroule en une fraction de seconde. Le filtrage est grossier, se contentant de quelques éléments vaguement reconnus. Cette étape est essentielle. Sans elle j'aurais besoin de trop de temps pour filtrer avec précision avec le risque de voir disparaître l'opportunité. Dans ce processus de filtrage, il y a une double action. D'une part je perçois, je filtre et porte mon attention et d'autre part je continue de rester connecté au plus vaste.

Mon attention sur l'objet repéré n'entraine pas une vision-tunnel qui me rend aveugle à tout le reste. Ce qui donne la valeur à l'objet, à la personne, à l'expérience, c'est bien souvent sa manière d'être en lien avec tout ce qui se déroule autour de moi et de cet objet repéré. Cette vision à la fois large et focalisée est caractéristique de la pratique martiale. Si je me focalise sur l'attaque, sur le poing qui se dirige vers mon visage, je ne verrai pas qu'il n'est peut-être qu'une diversion et que l'autre main tient une arme ou qu'un comparse s'apprête à me ceinturer.

Ce subtil mélange entre focalisation et attention large est sans doute un critère essentiel pour nous inscrire dans le flux.

J'en examinerai d'autres dans les prochains posts sur ce blog.

Le courage d'être gentil

Avoir le courage d'être gentil, d'être bienveillant en sachant que l'on peut être confronté à des personnes qui ont des agendas personnels ou des agendas cachés. Enseignant l'aïkido je développe son pendant dans le monde de la communication l'AïkiCom.

Dans ces formations j'enseigne comment prendre l'énergie de l'agression pour la transformer. L'attitude qui sous-tend la démarche est que nous sommes plus liés, connectés à l'autre que nous l'imaginons mais surtout que l'autre ne l'imagine.

Cette attitude est martiale et s’inscrit donc dans une logique de guerrier, non pas un va-t-en-guerre mais une personne qui vit ses valeurs et agit pour les défendre avec le courage que j’évoquais en début de ce commentaire mais également et surtout avec la bienveillance qui de nait de savoir l’autre si proche de nous malgré le différent. En assistant au désolant spectacle de nos politiques qui se disputent comme des chiffonniers au lieu d'oeuvrer à l'intérêt général, je me prends à me demander ce qu'il y aurait lieu de faire.

Une chose qui me vient à l'esprit pour transformer l’énergie de ces agressions, de ces polémiques
infinies est de remettre au grand jour ces valeurs qui sont violées : solidarité, dialogue, harmonie, écoute, bon sens !

En bref : les évidences que la grande majorité d’entre nous entendent et qui sont mises de côté pour s'écharper autour de détails, d'incidents récents et autres broutilles (un peu comme ces couples qui se déchirent pour un tube de dentifrice mal refermé) sans se soucier des conséquences de leurs errances trop occupés qu'ils sont d'inflater leur ego (un peu comme ces couples qui se déchirent parce qu'avoir avoir raison est devenu plus important que la relation sans se soucier de ce que les enfants endurent).

Et d’entamer alors une confrontation subversive pour maintenir ces valeurs-là au centre du débat.

Sans s'en laisser accroire, résolument, fermement dénoncer les diversions, sans se laisser déséquilibrer, remettre sur la table la stupidité de l'esprit de clocher et l'illusion de nos différences