Les graines de la violence

Les graines de la violence

"Plus jamais ça!"

"J'en ai bavé, à mon tour maintenant!"

"Je préfère faire souffrir que souffrir encore!"

L'impact des violences subies dépasse largement les douleurs et souffrances subies dans l'instant. Elle crée le terrain où les graines de violence nées de la douleur germeront ou non pour produire les violences de demain.

Beaucoup préfèrent s'endurcir plutôt que subir. Les coups - qu'ils soient au sens propre comme au figuré - façonnent l'âme tel le morceau de métal sous les coups de marteau du forgeron. L'accent circonflexe du mot âme peut ainsi cesser de pointer vers le Ciel et dégringoler pour transformer l'âme en arme.

La vulnérabilité est une qualité d'être qu'il est plaisant d'examiner ... jusqu'au jour où l'on subit la violence qui blesse profondément. C'est alors que le travail sur soi commence, le vrai.

L'auteur de la violence est déjà loin et nous devons accueillir le chaos intérieur qu'il a provoqué.
La tentation est grande d'opter pour la solution "facile", celle qui est validée par notre statut de victime: la vengeance. Vengeance envers l'auteur ou à défaut envers toute personne dont le seul tort sera d'évoquer de près ou de loin l'auteur que l'on ne peut atteindre.

Avant d'envisager d'agir dans le monde - c'est-à-dire en dehors de soi - il est essentiel d'agir en soi, d'accueillir la souffrance et de la transmuter pour qu'elle ne produise pas ce qui l'a provoquée.
Ce n'est sans doute qu'alors que les actions à l'extérieur (de soi) seront adéquates et que le mot vengeance pourra s'apaiser et se voir remplacé par justice pour autant que celle-ci puisse être rendue.

 

postface:

L'Aïki-coaching peut être vu comme la pratique de l'aïkido sur nos violences intérieures ou intériorisées. Pour transformer nos problèmes en solutions, pour transformer son énergie en quelque chose qui nous grandit plutôt que de nous imploser sa volonté.

Langage non verbal

Vous trouverez dans de nombreux livres et dans de nombreuses formations que lorsque nous communiquons les mots prononcés ne comptent que pour seulement 7% de l'entièreté du message. L'essentiel est visuel (55%) et auditif (intonation, son de la voix pour 38%).

Ces chiffres sont malheureusement erronés car ils sont le résultat d'études effectuées par Albert Mehrabian (Université de Californie) qui n'ont de pertinence que dans un contexte tout à fait particulier à savoir la communication à propos de sentiments et d'états d'esprit (j'aime ou je n'aime pas). C'est en tout cas ce que nous rappelle l'auteur-même de ces études.

Il n'empêche, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain: le langage non verbal joue un rôle non négligeable dans la communication.

L'essentiel de l'énergie d'une discussion se nourrit du non verbal. notre corps en est à la fois l'émetteur et le récepteur. Il exprime et capte à la fois. Il est dès lors essentiel de développer nos compétences somatiques en matière de communication car dans la majorité des cas, notre corps détecte les variations et modulations des énergies bien avant que notre mental les identifie. Il est alors souvent trop tard car notre dynamique émotionnelle a déjà initié des changement hormonaux qui parasiteront notre "bon sens" et notre "raison".

Pour l'illustrer, je vous invite à regarder ce sketch de 1950 interprété par Sid Caesar et Nanette Fabray. Si vous pouvez supporter la mauvaise qualité d'image vous pourrez comprendre cette dispute de couple sans paroles avec en toile de fond la 5è de Beethoven.

 

e-mail, guerre propre de la communication

Répondre à un email dans l'émotion c'est la guerre propre de la communication: envoyer la réponse comme ces avions qui larguent à haute altitude leur bombe sur la cible sans voir de près l'impact. Une opportunité de de retrouver sa liberté d'agir autrement !

Il y a des jours comme cela où il nous est donné de tester notre cohérence.

Il y a des gens comme ça qui vous offrent - sans le savoir et malgré eux - des opportunités de voir si vous avez progressé dans la voie de la bienveillance martiale !

Reçu ce jour un message d'une ancienne connaissance qui a cru bon de réagir à un post sur facebook. Je ne recopie pas ce message ici mais sachez qu'il semble évoquer le fait que je n'ai pas compris quelque chose et qu'il est désolé pour moi.

send-angry-emailA la lecture de ce message, mon sang ne fait qu'un tour et presque impulsivement je clique sur le bouton "répondre" pour envoyer une réponse bien sentie. Tellement facile de riposter à ce message jonché de fautes d'orthographe qui m'assène un jugement avec un brin de paternalisme condescendant. Tellement facile de répondre dans le même ton, en sortant une autre vérité en réponse à sa vérité.

Un coup pour un coup. Il l'a bien cherché après tout. Je ne lui demandais rien et il vient spontanément me dire qu'il est désolé pour moi!
Le premier jet de réponse est un pur produit de cette colère qu'a déclenché la lecture de ce message. Court, tranchant et sans faute d'orthographe 🙂
Je relis, je suis content. J'ai vidé mon sac.

Petit détecteur en moi: est-ce Aïki ?

Je peux imaginer la réaction, la colère, la frustration quand il lira cette réponse. C'est le but.

cible-guerre-propreCette réaction je peux l'imaginer mais je ne la verrai pas. Comme ces bombes larguées à haute altitude dans les guerres modernes. L'e-mail c'est la guerre propre de la communication. On ne voit pas les dégâts de près. On vise, on largue, on sourit puis on se barre, le sentiment du devoir accompli.

Bien sûr on s'attend à une riposte. Elle sera sans doute avec un niveau d'agressivité supérieur, preuve que la cible a été touchée.

Qu'aurai-je gagné, lorsque je lirai cette réponse à ma réponse qui me replace dans la même situation qu'au début: un nouveau courriel désagréable auquel je ne pourrai répondre que de la même manière. Pas vraiment le choix.

Curieux mouvement perpétuel de l'agression qui est en fait une spirale négative qui aggrave les choses jusqu'à la victoire espérée par KO.
Je me pose, je me centre.
J'ai pris le temps d'imaginer ce scenario n°1. C'est bon, j'ai l'effet escompté. J'ai senti le "Na!" qui aurait ponctué l'envoi de ma réponse. Si j'en avais besoin, je suis comblé.
J'ai imaginé sa réaction, je me suis défoulé.
Je peux reprendre pied dans la réalité.
Et envisager autre solution: redevenir Aiki.
Utiliser ce courriel pour pratiquer, pour améliorer mon équilibre. confirmer dans l'action mon engagement à contribuer par cette petite action, cet incident mineur, à changer le monde, localement, à mon niveau, tel le colibri.

Etre Aïki c'est désamorcer l'agressivité.

Je reprends, j'écris, je relis.
Est-ce Aiki?
Cela part-il du centre?
Cela nourrit-il une énergie d'harmonie plutôt que d'agression?
Cela accueille-t-il l'autre ?
Est-ce que je me sens respecté dans ma réponse ?

Je peux aisément voir son message comme l'expression maladroite d'un malaise. Lequel ? Pas vraiment mon problème même si je peux imaginer qu'il veut me donner une leçon. Cette simple idée m'est désagréable mais le mouvement qu'a déclenché son courriel est maintenant tout autre. Je peux aisément le rassurer. Lui dire qu'il n'a pas de raison d'être désolé. Que je gère comme le disent les ados aujourd'hui.

kanji-choisirIl avait envoyé le courriel en position haute, celle du donneur de leçon, celui qui a compris. S'il s'attendait à une réponse agressive ou à une absence de réaction, je l'ai amené dans le déséquilibre d'une réponse inattendue. Je replace la relation sur un pied d'égalité, de personne à personne. Je n'ai pas raison et il n'a pas tort. J'ai ma vision de la réalité et il a la sienne. Je ne cherche pas à lui faire changer d'avis, je lui donne mon feedback.
Je veux le reconnaitre comme personne à part entière et pas comme donneur de leçon. J'espère ainsi l'influencer et l'amener à faire de même pour moi mais sans attente car cela lui appartient. L'amener dans un espace de dialogue plutôt que sur un ring de boxe. Lui faire sentir que sa "leçon" est tombée dans le vide et qu'à la place, il est entré en communication avec une personne plutôt que de larguer un jugement sur une cible.

Je relis, je suis satisfait, j'envoie.

Après j'accepte toute réaction possible. Il entendra ou non le message. Sa réaction en sera une indication.
Et s'il ne répond pas, je ne garderai de cette expérience que le fait d'avoir eu une opportunité supplémentaire de m'entraîner à la bienveillance martiale.


PS: Il serait tentant de croire que la vraie maîtrise consisterait à passer directement au scenario 2 sans passer par la réaction spontanée de colère. C'est sans doute ce qui distingue l'AïkiCom des autres applications de l'aïkido à la communication. Si  je veux être une personne vivante, j'accepte ma vulnérabilité. J'accepte - car je crois que c'est inévitable - de me sentir touché. Car non seulement il n'est pas possible de se blinder contre toutes les formes d'agressions possibles mais en plus cela nous rend insensible et nous extrait de la vie.
Ce qui me semble plus intéressant de travailler c'est ma capacité d'accueil de mes émotions, d'explorer les résonances que l'événement a éveillé, et de savourer la capacité de revenir dans le choix: c'est-à-dire de pouvoir choisir de ne pas réagir impulsivement avec nos comportements de toujours.
Avec l'entrainement la phase initiale se fait de plus en plus courte et rapide et transforme ce qui devait être initialement un événement désagréable en opportunité de grandir.
Merci la vie!

Les risques dans la relation amoureuse

Quelle est l’expérience la plus risquée parmi la liste suivante : descente d’une piste noire en ski, saut à l’élastique, conduire une formule 1 ou nouer une relation amoureuse ? Il ne viendrait pas à grand monde d’opter pour la dernière option. Pourtant on ne peut pas dire que cela soit sans risque. D’ailleurs ne parle-t-on pas d’une aventure amoureuse ? S’il y a des risques quels sont-ils ? Parcourons-en quelques uns. Le risque de se tromper Choisir une personne, c’est renoncer à des dizaines d’autres. La peur de se tromper peut amener une réticence à ’établir une relation sous prétexte que peut-être une autre personne conviendrait mieux, nous ferait plus vibrer. Cette peur de se tromper se retrouve plus tard dans de nouveaux moments de choix et peut masquer d’autres peurs telles que la peur de l’intimité, la peur de s’engager, la peur de dépendre. Chacun de nous aborde la question de la décision à sa manière, décisions impulsives, voire à l’aveuglette, paralysie, hésitations, besoin de l’avis d’autres personnes et cette manière de décider peut différer en fonction des domaines : déterminée dans le domaine professionnel, une personne pourra se montrer hésitante quand il s’agit d’une relation amoureuse. Le mythe de l’existence du partenaire parfait compte encore de nombreux adeptes. Le risque d’être rejeté Dès le premier regard cette personne vous a attiré. Mais est-ce réciproque ? Si ce n’est pas le cas vous risquez le rejet, expérience qui peut être vécue de manière particulièrement pénible au point que la peur d’un rejet potentiel amène de nombreuses personnes à éviter toute relation amoureuse ou alors à éviter les personnes qu’elles veulent vraiment pour n’ouvrir leur porte qu’à celles ou ceux qui viennent à eux. Cette peur d’être rejeté n’est ni extraordinaire ni anormale c’est lorsqu’elle nous hante au point d’empêcher toute nouvelle relation qu’il faut s’interroger sur nos expériences de rejet inscrites dans notre passé. Le risque d’être humilié Lorsque le rejet est vécu de manière intense, elle peut prendre la forme d’une humiliation surtout si le rejet est blessant. Cette crainte de l’humiliation trouve parfois son origine dans des expériences vécues avec l’impression de ne pas être désirable. Nous désirons l’autre mais nous voulons aussi (surtout ?) que l’autre nous désire pour nous sentir vivant, apprécié. Le risque d’être honnête et ouvert La plus belle chose qui puisse arriver dans une relation c’est de  pouvoir se montrer honnête et ouvert avec son ou sa partenaire. Cette belle perspective sera parfois vécue comme menaçante. Des expériences négatives dans le passé peuvent nous amener à nous méfier du partage et de trop de transparence. Il nous est particulièrement difficile d’être ouvert quand il s’agit de reconnaître nos défauts (l’autre ne réagira-t-il pas négativement ?), d’exposer nos points sensibles qui révèlent notre vulnérabilité ou d’exprimer des sentiments négatifs (difficile d’avouer notre insatisfaction, notre colère). Ces risques montrent à souhait combien il est nécessaire de développer le courage du guerrier de bienveillance pour affronter nos peurs et ainsi oser s’aventurer dans les eaux imprévisibles et inexplorées d’une relation amoureuse.