Pertubation

Elle avait rendez-vous à 18 heures.

Pour son ex qui n’a pas digéré le divorce qu’elle avait voulu, tout est bon pour la contrarier et le seul moyen qui lui reste est de perturber le rendez-vous du jour de changement de garde des enfants. Une épée de Damoclès.

Pourtant cette fois tout était arrangé. De commun accord. Le rendez-vous était fixé à 18 heures. Les enfants devaient avoir leur valise de vêtements propres. Ils jouaient sur la banquette arrière et la valise était dans le coffre de la voiture.

Après, ce serait la petite escapade à deux, avec son compagnon. Un voyage itinérant en amoureux. Les étapes ne sont pas encore décidées. Ils iront au gré de leur humeur, de leurs coups de cœur.

Les infos de 18 heures à la radio sont interrompues par la sonnerie du téléphone portable..

Il ne peut pas être là à l’heure convenue. Il a un rendez-vous. Il est à l’étranger.

« Tu ne le sais que depuis aujourd’hui ? Pourquoi ne pas m’en avoir averti plus tôt ? Et les enfants qui s’attendent à te retrouver ? » lui demande-t-elle.

Mais elle connaît la réponse. Bien sûr qu’il le savait depuis longtemps et c’est sans doute pour cela qu’il savourait ce moment. Quelques réflexions sarcastiques, des allusions à des événements passés, histoire de créer un peu plus de confusion. Et lorsque, excédée elle lui raccroche au nez, il a la confirmation que sa stratégie a porté ses fruits.

De toute façon ils sont enchaînés pour de longues années. La sentence est irrémédiable. La garde demeure et ne se rend pas. Elle restera alternée jusqu’à l’autonomie de leur progéniture. L’un considère sa garde comme une option, un droit qu’il peut revendiquer, l’autre se voit investie de la responsabilité globale et tente seule d’amortir au maximum l’impact de la séparation pour ses enfants.

Dans le silence qui suit cette communication elle est là, tenant ce téléphone portable de manière presque ridicule. Elle regarde autour d’elle et trouve que le paysage autour d’elle a changé. Sentiment soudain de solitude et regard inquiet de sa fille qui la dévisage puis détourne le regard. Elle a entendu des bribes de conversation et ressent la déchirure qui deviendra la compagne fidèle de son enfance jusqu’à sa majorité.

Et son compagnon qui se tient à distance respectable sait lui aussi que le futur est bouleversé. Parce qu’un étranger, indirectement proche, en a décidé ainsi.


Avant il y avait ce petit soleil de printemps, la douceur des vendredis préludant un doux week-end, une émission humoristique sans prétention à la radio..

A l’insouciance du moment a succédé la pression dans la cage thoracique. Une colère sourde qui gronde et se développe entraînant un torrent de pensées. Ce qui vient de se passer se connecte à des expériences antérieures similaires qui viennent encore nourrir ce flot émotionnel.

Elle le regarde, il essaie un sourire. Un sourire qu’il veut tendre. Mais la crispation est là, impossible de faire semblant. Leur relation ils la veulent sincère et honnête. Inutile de masquer ce qu’ils vivent. Et en même temps il y a ce désir de préserver leur complicité. Et cette colère à laquelle vient s’ajouter ce sentiment d’impuissance les isole.

Prendre le temps du silence, le temps de respirer et de retrouver son centre. La perturbation les a fortement déséquilibrés à un moment où ils ne s’y attendaient pas. Qui aurait cru qu’un simple appel téléphonique puisse tout transformer en si peu de temps, en si peu de mots.

Expirer jusqu’au bout, vider les poumons, recontacter son être même si cela semble impossible tant l’orage émotionnel est fort. A la différence des orages de soirs d’été, celui-ci ne vient rien rafraichir. Au contraire, il vient alourdir l’atmosphère et fige le temps.

Le tourbillon des pensées telle la bourrasque emportant les feuilles et la poussière au sol se mue en une mini-tornade impressionnante, les scenarii défilent, les premières envies de riposte émergent pour tenter de mitiger ce sentiment d’impuissance insupportable. Sourde violence.

Centré dans le hara il assiste à ce déchainement des éléments et les accompagne avec toute la compassion possible. Conscient de ce que la perturbation a déchaîné, il peut prendre conscience de ce qui lui appartient. Pourtant le coupable est tout désigné. C’est si bon et tellement nécessaire de trouver un bouc émissaire. Dans ce cas-ci, c’est tellement limpide. L’acte est intentionnel, pur produit de sa volonté.

S’il avait eu un imprévu, un cas de force majeure il en aurait été autrement, la perturbation aurait été bénigne. Mais il s’agit ici d’un acte délibéré, le produit d’une stratégie conçue pour saboter leur bonheur. A moins que ce ne soit pire encore. L’abnégation de toute forme de respect de l’autre, de les réduire à des objets en leur ôtant toute velléité de volonté propre. Les soumettre à sa volonté et agir comme bon lui semble.

Cette seconde option amplifie encore la frustration. Sentiment d’être nié dans son existence qui rend la perturbation encore plus insupportable avec en plus cet air de déjà-vu.

Car c’est loin d’être la première fois.

Tenter d’éviter de projeter : peut-être n’est-ce pas prémédité, une simple négligence.

Mais cette hypothèse ne tient pas la route. Comment ignorer l’impact de cette annonce tardive de ne pas respecter le rendez-vous. Non, il semble qu’il faille se résoudre à avoir à faire à un manipulateur.

Les pensées ont à nouveau pris le contrôle de sa conscience. Revenir dans son centre, encore une fois, respirer et vider les poumons. Tenter de revenir dans l’ici et maintenant : sensation de marcher dans la rue, d’entendre les voix, les bruits de la ville, le soleil timide, cette légère brise qui invite à l’insouciance, agitation citadine, visages soulagés de cette semaine qui se termine. Les émotions douloureuses reviennent à un niveau acceptable mais restent présentes. Surtout ne pas les occulter, elles font partie de l’expérience.

Ils ne parleront plus de cela ce soir préférant rester complices silencieux de ce qu’ils ont vécu. Faisant confiance à leur inconscient ils s’endormiront proches. Demain matin ils élaboreront ensemble, après un échange dans la sincérité, une réponse commune qui n’aggravera pas les conséquences de la perturbation.

Je te remercie, toi qui as exprimé cette opinion différente de la mienne. Je te remercie pour avoir fait naître cette conscience de la différence. Sans ton opinion la mienne n’aurait pas sa place dans cet espace social. Je te remercie également pour l’avoir exprimée avec tant de fermeté. Ta véhémence montre à quel point je suis accroché à ma pensée, combien est ferme cette identification de qui je suis à ce que je pense. En exprimant ton opinion tu complètes le cercle. Le cercle est fermé. Il nous faut maintenant respirer dedans pour qu’il reste vivant et ne devienne pas une pensée-carcan aux murailles défendues bec et ongle. Pour ne pas que les idées se transforment en étendard et nous en chevaliers défenseurs d’un idéal de pensée unique. Lorsque le dialogue prend les armes, la métaphore se transmute et prend son visage guerrier.

La réalité prend alors son nouveau jour. Exploration de ce qui devient le champ de bataille, identification de ses alliés et des alliés du camp adverse, premières ébauches de stratégies. Les  armes sont fourbies et les espions collectent les informations. Une première évaluation peut nous faire croire que nous sommes en position de force et opter alors pour l’attaque immédiate. Ne pas laisser le camp adverse le tempLe différent ests de se préparer, fondre sur lui pour lui faire sentir qu’il est vain de résister. Forcer l’autre à se rendre … à l’évidence et admettre que j’avais raison, depuis le début, parce que j’ai les arguments pour te convaincre, parce que tu ne peux croire un instant pouvoir m'apporter quoi que ce soit de plus, quoi que ce soit de mieux, à mon opinion. Ta présence matérialisée par cette opinion divergente, je la vois comme une menace dans mon monde où la règle est « c’est toi ou moi ».

Lorsque la vérité croit n’appartenir qu’à un camp elle s’ampute. Le contraire d’une grande vérité est encore une vérité nous dit le sage.

Respirer dans le cercle disais-je, pour conserver cette pulsation. L’inspire et l’expire se menacent-ils mutuellement ? Lequel des deux a raison ? L’un n’est-il pas l’annonciateur de l’autre ? Bien sur, et c’est souvent le cas, il y en a un qui fait plus de bruit que l’autre. Tout le monde parle du premier cri du bébé à la naissance. Mais comment pousser ce cri sans remplir préalablement ses poumons d’air. Et voilà comment la complémentarité se mute en concurrence. Inspire, inspiration, expire, dernier soupir. L’inspiration nous amène au monde dans l’anonymat tant est attendu le premier cri. Il en va de même de notre dernier souffle. Quelle est la qualité de la dernière inspiration, celle qui a précédé et rendu possible ce dernier soupir? Non, décidément la rivalité ne sortira du cercle vicieux qu’en changeant de nature. La sagesse orientale a imaginé le concept de yin et de yang, les cybernéticiens occidentaux ont développé la systémique. Le tout est plus que la somme des parties. Les séparer c’est perdre ce que l’on appelle les qualités émergentes, celles qui n’existent que de par l’organisation des parties entre-elles. L’intelligence ne réside donc pas uniquement dans les éléments, elle se dissimule aussi dans la relation. Un ensemble de rouages et d’engrenages ne donnent pas l’heure, une montre bien. Je reviens donc vers toi, cet être étrange qui semble avoir perdu tout bon sens puisque tu ne partages pas mon avis. Quel est ton utilité sur cette Terre, toi qui vient perturber ainsi le ronron de mes opinions, de mon confort de penser en rond. Tiens, revoilà le cercle qui pointe à nouveau son nez. Mais ce cercle là est confortable, ce n’est pas comme l’autre, celui que tu as formé en venant me dire j’ai tort, que je n’ai rien compris. Et même si tu ne me l’as pas dit explicitement, j’ai bien senti que tu le pensais puisque tu viens discuter, contredire. Dans mon ronron mental, j’essaie d’abord de t’absorber de te digérer mentalement. Mais cela ne passe pas. J’ai des nausées intellectuelles en découvrant que mon bon sens n’est pas le bon sens universel. Tu viens donc troubler mon sommeil mental et je t’en veux pour cela. Je suis donc tenté par le combat car je connais bien cet univers du « c’est toi ou c’est moi ».  Il ne peut y en avoir qu’un qui ait raison mais Aïe qui ?

Petite secousse dans mon esprit.

Ces deux syllabes résonnent et m’appellent à sortir de ma torpeur. Moi qui avais déjà la main au fourreau j’entends ce son qui prend une autre dimension : Aï-ki !

Et là le monde bascule. En tout cas ma manière de voir le monde. Des sensations corporelles me font sentir ces déplacements et cette conscience de mon centre et du centre du partenaire. Soudain je vois cette discussion en cours d’un point de vue totalement différent.
Le symbole du tao émerge des profondeurs de mon inconscient invité par ces sensations ressenties corporellement. Le mouvement s’invite dans la scène où je m’étais figé, prêt au combat.


Et tout est transformé.

La perception se fait plus nette de la diversité des points de vue. Le respect de mon intégrité et de celle de mon partenaire n’est pas seulement respecter son poignet lors d’une technique c’est aussi respecter qu’il puisse avoir une opinion différente de la mienne.

Le mouvement est commencé.

Qui a commencé ? Lui ou moi ? L’inspire ou l’expire ? Peu importe. Tant que les deux sont présents il y a la vie. Reste à voir s’il est possible de transformer les énergies du conflit en synergie.

Naissance d’un nouveau cycle : shite (celui qui agit), uke (celui qui reçoit), le mouvement aïki n’est complet que si j’ai endossé les deux rôles. L’effet bénéfique de la pratique ne se ressent qu’après au minimum un cycle. Ecoute et expression, cette respiration relationnelle doit alterner les séquences si l’on veut éviter l’étouffement. Apnée, suspension de la respiration, mot composé du a, alpha privatif (α) et de pnée, la respiration, le souffle, ce véhicule du Logos (λόγος: la raison, la parole, le discours).


La biologie définit la respiration comme un mécanisme d’échange gazeux. L’être humain peut retenir sa respiration pendant 1 à 2 minutes. Le cachalot peut s’abstenir de respirer pendant près de 90 minutes et rester ainsi en plongée dans les profondeurs.
Sur le plan relationnel, constatons que nous tenons parfois plus du cachalot que de l’humain.

 

L’attitude aïki nous ramène à notre humanité et nous invite à rester présents, à la surface de la relation. Par la respiration, les réactions sanguines se régulent. Les énergies circulent. Et je n’ai pas d’attente. Je n’exige pas qu’à l’issue de l’interaction l’autre change d’avis (même si je dois bien avouer que mon ego trouve cette idée assez confortable et même plaisante). Je suis déjà pleinement satisfait d’avoir pu reconnaître l’autre dans sa différence et  d’être reconnu dans la mienne.

Naturellement pour pratiquer l’aïki il faut être deux et si l’autre ne veut, ou ne peut, entrer dans cette démarche de coopération je ne pourrai pas faire grand-chose. Je ne tiens qu’un bout de l’écharpe relationnelle comme l’écrit Jacques Salomé. Il me reste à prendre acte, non sans m’être interrogé au préalable sur mon rôle dans ce refus, et envisager soit de revenir quand les conditions seront plus favorables soit de me tourner vers d’autres relations plus en accord avec ma démarche. Le monde est vaste et généreux. Des possibilités infinies s’offrent à nous pour sortir des schémas de codépendance, des relations énergivores et épuisantes.

En aïkido, le « Taï sabaki » est un déplacement destiné à nous placer hors de l'axe de l'attaque et canaliser l'énergie en créant un mouvement où chacun trouve sa place. Taï sabaki vient de taï, le corps et sabaki qui peut être traduit par mouvement. Dans le jeu du Go, le sabaki est un mouvement où le joueur qui a des pièces en difficulté chez le partenaire ne cherche pas à créer plus de territoire (avoir raison) mais crée des formes flexibles et légères qui sortent rapidement vers le centre en sacrifiant une ou plusieurs pièces.

Bonne réflexion !

Article initialement publié sur le blog du dojo d'Aïkido Kimochi en août 2013

Les graines de la violence

"Plus jamais ça!"

"J'en ai bavé, à mon tour maintenant!"

"Je préfère faire souffrir que souffrir encore!"

L'impact des violences subies dépasse largement les douleurs et souffrances subies dans l'instant. Elle crée le terrain où les graines de violence nées de la douleur germeront ou non pour produire les violences de demain.

Beaucoup préfèrent s'endurcir plutôt que subir. Les coups - qu'ils soient au sens propre comme au figuré - façonnent l'âme tel le morceau de métal sous les coups de marteau du forgeron. L'accent circonflexe du mot âme peut ainsi cesser de pointer vers le Ciel et dégringoler pour transformer l'âme en arme.

La vulnérabilité est une qualité d'être qu'il est plaisant d'examiner ... jusqu'au jour où l'on subit la violence qui blesse profondément. C'est alors que le travail sur soi commence, le vrai.

L'auteur de la violence est déjà loin et nous devons accueillir le chaos intérieur qu'il a provoqué.
La tentation est grande d'opter pour la solution "facile", celle qui est validée par notre statut de victime: la vengeance. Vengeance envers l'auteur ou à défaut envers toute personne dont le seul tort sera d'évoquer de près ou de loin l'auteur que l'on ne peut atteindre.

Avant d'envisager d'agir dans le monde - c'est-à-dire en dehors de soi - il est essentiel d'agir en soi, d'accueillir la souffrance et de la transmuter pour qu'elle ne produise pas ce qui l'a provoquée.
Ce n'est sans doute qu'alors que les actions à l'extérieur (de soi) seront adéquates et que le mot vengeance pourra s'apaiser et se voir remplacé par justice pour autant que celle-ci puisse être rendue.

 

postface:

L'Aïki-coaching peut être vu comme la pratique de l'aïkido sur nos violences intérieures ou intériorisées. Pour transformer nos problèmes en solutions, pour transformer son énergie en quelque chose qui nous grandit plutôt que de nous imploser sa volonté.

Vous trouverez dans de nombreux livres et dans de nombreuses formations que lorsque nous communiquons les mots prononcés ne comptent que pour seulement 7% de l'entièreté du message. L'essentiel est visuel (55%) et auditif (intonation, son de la voix pour 38%).

Ces chiffres sont malheureusement erronés car ils sont le résultat d'études effectuées par Albert Mehrabian (Université de Californie) qui n'ont de pertinence que dans un contexte tout à fait particulier à savoir la communication à propos de sentiments et d'états d'esprit (j'aime ou je n'aime pas). C'est en tout cas ce que nous rappelle l'auteur-même de ces études.

Il n'empêche, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain: le langage non verbal joue un rôle non négligeable dans la communication.

L'essentiel de l'énergie d'une discussion se nourrit du non verbal. notre corps en est à la fois l'émetteur et le récepteur. Il exprime et capte à la fois. Il est dès lors essentiel de développer nos compétences somatiques en matière de communication car dans la majorité des cas, notre corps détecte les variations et modulations des énergies bien avant que notre mental les identifie. Il est alors souvent trop tard car notre dynamique émotionnelle a déjà initié des changement hormonaux qui parasiteront notre "bon sens" et notre "raison".

Pour l'illustrer, je vous invite à regarder ce sketch de 1950 interprété par Sid Caesar et Nanette Fabray. Si vous pouvez supporter la mauvaise qualité d'image vous pourrez comprendre cette dispute de couple sans paroles avec en toile de fond la 5è de Beethoven.

En savoir plus:

La règle des 7 % - 38 % - 55 % d'après les études de Albert Mehrabian

rocky_bd_victoryLes procédures judiciaires sont très filmogéniques car elles sont une illustration du combat adaptée à notre société moderne. Les avocats et autres procureurs sont les protagonistes d'une lutte verbale qui vise à gagner en imposant son verdict à l'autre partie.

C'est ainsi que les juristes qui se tournent vers la médiation doivent apprendre à changer radicalement leur état d'esprit et renoncer à l'allégorie qu'illustre à merveille cette image de Rocky, bras tendu vers le ciel en guise de victoire et de détermination. Mais c'est bien de victoire solitaire qu'il s'agit. Ce film tourné à l'époque du triomphe de l'individualisme est la consécration de la suprématie de l'ego, du "moi-je".

Les aïkidokas doivent aussi désapprendre à être (ou devenir) des samouraïs qui vainquent leur ennemi et un des apprentissages fondamentaux de l'aïkido est similaire à celui des futurs médiateurs: apprendre à gagner ensemble, apprendre à gagner avec l'autre plutôt que gagner sur l'autre.

C'est en ce sens que l'AïkiCom est une communication aiki particulièrement appropriée pour les médiateurs. Les stratégies verbales ne cherchent plus à vaincre mais à convaincre c'est-à-dire à vaincre ensemble.

Exprimer sa position, défendre les points importants d'une des parties en évitant les jugements, les blâmes ou les propos dénigrant l'autre partie nécessite un apprentissage tant nous sommes habitués à agresser pour gagner. Il est si tentant de s'emparer de la moindre faiblesse, de la plus petite crainte décelée chez l'autre pour le déstabiliser alors que celles-ci peuvent au contraire être la porte ouverte vers une solution qui convienne à tous.

Le modèle des trois centres de l'AïkiCom nous permet de passer du conflit concentré dans la dialectique cognitive à un échange qui englobe chaque partie dans un échange complet. Débat d'idées devenant dialogue, accueil des états émotionnels de chacun qui ouvre à ce qui compte vraiment et surtout présence vrai, de corps à corps qui nourrit un espace d'échange véritable où chacun se sent reconnu et entendu, tels sont les ingrédients d'une médiation efficace d'où chacun sort gagnant.

mediation-reussieLa pratique Aïki isole les points de discorde de la même manière que l'aïkidoka accueille l'attaque sans désir de riposte. Le médiateur aïki développe ensuite les options et construit des alternatives pour déboucher sur un consensus qui répondra aux besoins de chacun.

La démarche développe le sens de responsabilité de chaque partie dans leurs prises de décision qui affecteront leur vie. Elle les rend acteurs dans un processus.

Il reste à résister à la tentation du combat qui cherche à vaincre pour vaincre. Et parfois la lutte est intense. Et parfois nous pouvons être tenté de nous laisser aller prendre partie ou à ne rien faire pour empêcher les personnes en présence de basculer dans l'attaque ou la fuite. Parce que une attaque a fait mouche, parce que l'agressivité  s'emballe, parce que nous détectons des signes qui s'apparente à une réelle mauvaise foi.

C'est alors que la dimension somatique de l'AïkiCom peut nous aider. Quand notre esprit sombre dans la confusion, quand nos émotions sont devenues intenses, il nous reste le corps comme ressource. Reprise de conscience de nos appuis, de notre verticalité, centrage et respiration, la pratique AïkiCom nous enseigne comment revenir à soi, comment nous désidentifier de nos pensées et de nos émotions pour repartir de soi et nous connecter à l'autre en le voyant autrement que comme un adversaire.

Masakatsu Agatsu : La victoire correcte et absolue est la victoire sur soi-même (Morihei Ueshiba, fondateur de l'aïkido)

 

sous-estimer-sa-force-aikicom

Etrangement - en apparence - c'est le doute quant à notre puissance personnelle, nos ressources qui nous pousse à provoquer les conflits qui basculent dans la violence.
Ce doute nous fait nous sentir en insécurité et ainsi nous fait basculer dans les réflexes de défense. Le conflit se mute alors en combat.
Nous pouvons alors provoquer une situation de conflit dans un état d'esprit peu constructif et en plus en nous programmant pour la défaite.

Depuis plusieurs mois, je croise des destins de vie parasités par des conflits qui engluent et font que des mots, des regards, des absences de mots ou des absences de regard deviennent l'arbre qui cache la forêt de ce qui compte vraiment dans nos vies.
Ce qui apparait si souvent c'est la nécessité d'avoir raison, de confirmer que c'est l'autre qui a tort, d'expliquer en quoi l'on a bien agit et l'autre pas. L'intrication des altercations passées empêche de voir ce qui compte vraiment là, là maintenant, aujourd'hui et pour demain.
Et si souvent cette difficulté de gérer cet amour que l'on veut si propre qu'il n'a plus rien à voir avec l'amour, celui que l'on devrait ressentir pour soi. Cet amour propre nous coupe de nous même et de notre lien à l'autre.
Et l'autre n'a plus rien à voir avec cela, le combat, le débat s'est déplacé de l'extérieur vers l'intérieur, du nous au je, dans un dialogue sans fin entre mon ego et moi. Et c'est terriblement inconfortable, tellement inconfortable que l'on préfère le projeter sur l'autre, faire de l'autre l'alter ego et rejeter sur lui tous les malheurs du monde.
Et ainsi pousse l'arbre qui doucement masque la forêt de ce qui compte vraiment.

fil sonnerie, entre le signalAu début d'une relation, on avance avec prudence. Quelles sont limites que je ne dois pas dépasser ? Que doit-on faire ensemble ou pas? A-t-elle envie que je l'accompagne ? Passera-t-on Noël dans sa famille ou dans la mienne?

On évolue à tâtons un peu comme ce jeu pour enfant où l'on tient une tige se terminant par un anneau métallique que l'on doit déplacer d'un bout à l'autre d'un fil métallique plié de manière compliquée et connecté à une sonnerie. Au début le parcours est facile, il suffit d'avancer. Puis cela se complique et les contorsions commencent jusqu'à l'inévitable sonnerie, le buzz qui nous indique que nous avons passé la limite.

Parfois la sonnerie retentit après coup.

"Je croyais que c'était bon pour toi si je ne t'accompagnais pas"

"Je pensais que tu aimais ce genre de film?"

Non seulement nous ne demandons pas à l'autre ce dont il a envie mais en plus nous n'exprimons ce que nous croyons avoir deviné.
Un peu comme si cela relevait de l'évidence. La vie est faite d'une multitude de détails. Autant de choses qui peuvent être reçues plus ou moins bien.

Au début, nous filtrons et ne retenons que ce qui nous plait. On passe déjà si peu de temps ensemble!

Puis, avec le temps,  ces petites choses, ces détails changent de nature pour devenir des agaceries. Un exemple devenu mythique? Le tube de dentifrice!

Pourtant tout était là depuis le premier jour, depuis le premier sourire, le tube de la discorde, celui par qui tout peut basculer et nous ramener dans la dure réalité des choses.

S’il est clair que l’on ne peut pas tout dire, tout demander et faire de chaque détail de la vie un point à l’ordre du jour, il reste à développer cette sensibilité personnelle, dans la connexion à l’autre, qui nous fait détecter ce moment subtil de la bascule.

note: le tube est une image tirée du livre "Agacements" de Jean-Claude Kaufmann à lire avec plaisir

 
 

Il n'est pas toujours évident de dire non dans les relations de couples.

Pourtant dire non est essentiel dans les relations. Au-delà de l'expression de notre individualité et de notre différence par rapport à l'autre c'est surtout la garantie que nos oui seront de vrais oui.

Combien de fois n'osons-nous dire non que de façon détournée quand ce ne sont pas des oui à contre-coeur?

Tant que nous ne sommes pas libres de dire non dans le couple, nous ne pouvons pas nous donner entièrement dans la relation, notre engagement n'est pas complet.

Dire non peut générer tension et conflit, c'est évident, mais l'énergie qui en émerge n'est pas nécessairement mauvaise quand elle permet de briser les barrières entre deux individus.

Toute la question est de savoir comment l'un ou l'autre, ou les deux pourront exprimer leur colère ou de manière plus générale leur émotion.

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