La PNL en Perspective (M. Esser)

Commentaire de lecture

Le livre « La PNL en perspective » était, dans son édition de 1993 devenu un incontournable dans les bibliothèques francophones traitant de la PNL parce qu’il présentait des aspects rarement évoqués de la PNL.

La nouvelle édition revue et augmentée se veut une actualisation des réflexions de l’auteur depuis les dix années qui séparent l’ancienne édition, épuisée, de la nouvelle.

« La PNL en perspective » conserve l’essentiel des qualités de la première édition et reste un ouvrage remarquable d’analyse et d’interprétation de qualité surtout dans son exploration de l’épistémologie et des fondements scientifiques d’une approche dont le grand public ne retient trop souvent que quelques techniques.

Ajoutons également les éléments relatifs à l’histoire et au développement de la PNL qui cachent mal la quantité de recherche et de travail fournis pour reconstituer une chronologie qui n’a jamais été écrite (les acteurs des débuts de la PNL semblent préférer que circulent légendes et récits devenu quasi-mythiques autour de cette période). Si une grande partie des aspects « historiques »  de la PNL figuraient dans la première édition, l’auteur les a actualisés pour prendre en compte les fruits de ses dernières recherches et amender un certain nombre d’éléments de la première édition qui ont mal vieilli.

Regrettons toutefois qu’un certain nombre d’évolutions n’aient pas été prises en compte qui pourtant me paraissent particulièrement significatives pour bien comprendre la PNL. Je pense ici à la DHE de BANDLER, à la neuro-sémantique de HALL (légèrement évoquée lorsque l’auteur cite les méta-états) ou au « clean-language » (langage propre) de TOMPKINS et LAWLEY.

Si l’ouvrage de Monique ESSER a su garder son originalité, le style d’écriture n’a pas gagné en simplicité ou lisibilité. L’intention de donner un ton académique ne doit pas y être étranger. Si on laisse de côté les nombreuses coquilles ou autres fautes d’orthographe que l’éditeur n’aurait pas dû laisser passer, le style d’écriture scientifique cache mal un grand nombre d’affirmations de l’auteur. 

Celles-ci reflètent les croyances, voire les espoirs de Monique ESSER à propos d’une PNL dont elle défend bec et ongles le caractère scientifique tant dans son contenu que dans sa conception. Beaucoup d’interprétations, énoncées sur un ton affirmatif par ESSER, sont souvent très séduisantes mais n’en restent pas moins des arguments, « fruits d’une réflexion a posteriori » qui replacent le processus de la création de la PNL dans un cadre répondant au souhait de l’auteur en omettant tout ce qui pourrait entacher cette vision.

Pour étayer ses réflexions épistémologiques Monique ESSER ne cite comme références que la bibliographie des 5 premiers ouvrages, quelques citations et commentaires des co-fondateurs. Elle reconnaît (p 25) avoir construit sa démarche à partir d’une recherche personnelle dans les écrits des auteurs cités par BANDLER et GRINDER. L’auteur soulignera tout de même (p 145) :

«  … à propos des fondements épistémologiques, théoriques et méthodologiques de la PNL, BANDLER et GRINDER ne s’y sont référés que dans l’implicite pour établir leur connaissances et leurs pratiques, sans prendre la peine de les justifier et de les thématiser»

Cette phrase aurait judicieusement pu figurer en avertissement dans l’introduction du livre. Elle atténue certaines « lectures de pensée » qui sous-entendent des options ou choix délibérés que les deux co‑créateurs de la PNL auraient pu avoir.

On trouve en effet dans le livre des phrases telles que :

« Bien qu’ils ne spécifient pas les liens qu’ils entretiennent avec la pensée de HUME, GRINDER et BANDLER ont adopté une vision … »(p 31)

 « Ces choix, BANDLER et GRINDER les ont faits dans le prolongement de leur réflexion épistémologique… »(p 61)

Hormis le débat sur la vision et les intentions réelles de BANDLER et GRINDER lors de leur coopération qui mériterait de les interpeller pour enfin savoir ce qu’il en était, je dois souligner le bénéfice que l’on peut retirer des parallèles qu’ESSER établit entre la PNL et les différents courants épistémologiques que sont l’idéalisme, l’empirisme ou le pragmatisme.

Les rapprochements avec les travaux de l’empiriste HUME qui nous rappelle que nos savoirs naissent d’expériences sensorielles tributaires d’un seul point de vue, avec ceux de VAIHINGER et sa théorie affirmant que nos connaissances et notre agir reposent sur des fictions complètent de manière tout à fait intéressante les sources d’inspiration plus évidentes que sont les KORZYBSKI, CHOMSKY ou BATESON. Le résultat de cette réflexion contribue à enrichir notre perception de la PNL.

L’auteur regrette certaines dérives dans l’évolution de la PNL (voir page 7 , 11 et le chapitre « Ethique et dérives de la PNL »,  page 157) mais celles-ci sont attribuées en creux aux autres, à ceux qui ont « essaimé » la PNL. A aucun moment les deux co-fondateurs ne sont remis en cause. Pourtant il semble évident qu’ils sont à la base de la dérive de la PNL qu’ils ont contribué à « initier » alors qu’ils collaboraient encore ensemble. Les actions en justice lancées par BANDLER à l’encontre de quasi tous les développeurs de la première heure en seront une manifestation éclatante. De cela nulle mention dans l’ouvrage d’ESSER.

Je peux comprendre cette démarche de l’auteur de « La PNL en perspective » si je l’englobe dans son intention – et c’est une nouvelle inflexion absente de la première édition - de ramener la PNL dans le giron psychothérapeutique (la PNL devenant ainsi PNLt avec le t de thérapie).

Il est important dans ce cadre, pour faire oublier les innombrables dérapages qu’a connu la PNL dans son histoire chahutée et anarchique, de lui redonner des « titres de noblesses ».

Ainsi l’auteur conclura son livre par la réflexion suivante :

« En proposant des standards de qualité rigoureux et diversifiés, tout en requérant des formations spécifiques, ancrées dans une profession et dans l’adhésion préalable à une éthique centrée sur le « prendre soin », ce certificat (le certificat PNLt) fait « institution » et offre un cadre englobant qui permet de construire un « entre soi » fondé sur des valeurs et des visées partagées… ».

Voilà qui a le mérite d’être clair. Monique ESSER privilégie le repli « entre soi » dans le bastion thérapeutique comme réponse aux errances d’une PNL éclatée. Cette réponse me semble quelque peu frileuse et fait peu de cas des multiples applications de la PNL dans des domaines tels que l’enseignement, la formation, l’accompagnement dans le milieu hospitalier, le  management, etc. Ce sujet pourrait sans doute faire l’objet d’un livre à part entière.

Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, « La PNL en perspective » reste un ouvrage unique dans la littérature PNL francophone. Richement documenté il nous permet de créer une vision qui inscrit la PNL dans des courants épistémologiques dont ESSER isole de manière intéressante les éléments qui lui paraissent pertinents.

Je recommande donc la lecture du livre « La PNL en perspective » qui très judicieusement ne propose pas d’écrire le mot « perspective » au pluriel. Les « PNListes réflexifs », public-cible annoncé au dos du livre, sauront faire la différence entre la perspective ‘esserienne’ de la PNL et le territoire PNL dans lequel ils construisent leur pratique.

Christian Vanhenten
janvier 2004

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