La bienveillance

Aussi égoïste que l’homme puisse être supposé, il y a évidemment certains principes dans sa nature qui le conduisent à s’intéresser à la fortune des autres et qui lui rendent nécessaire leur bonheur, quoiqu’il n’en retire rien d’autre que le plaisir de les voir heureux.

La bienveillance peut être définie comme la disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui. Si Jeremy Bentham, philosophe anglais et défenseur du libéralisme, défendait l’idée que nous agissons dans le seul but de satisfaire nos intérêts, il reconnaissait avec Adam Smith et David Hume que nous possédons une disposition à la sympathie indépendemment de tout autre intérêt dont le fondement est à trouver dans notre capacité à nous identifier à autrui.

Le philosophe anglais Jeremy Bentham affirmait ainsi l’existence d’une « sensibilité sympathique », une « propension à tirer du plaisir du bonheur d’autres êtres sensibles » qui nous amène à concilier le souci de soi au souci de l’autre. Mais il y a une limite à cette capacité de se réjouir du bonheur d’autrui nous avertit Bentham. Si elle se manifeste spontanément envers nos proches, elle devient source de préférence envers ceux-ci, et cette préférence vient entraver nos actes de sympathie envers celles et ceux qui ne font pas partie du cercle étroit de nos connaissances. Cela peut être à l’origine de partialité, d’injustice voire même de violence.

Le motif de la bonne volonté, dans la mesure où il respecte les intérêts d’un groupe donné de personnes, peut pousser quelqu’un à accomplir des actes qui causent des dommages à un autre groupe plus étendu, mais c’est simplement parce que sa bonne volonté est imparfaite et limitée (confined) et qu’elle ne prend pas en considération les intérêts de toutes les personnes […] (Jeremy Bentham)

Bentham évoque l’idée de bienveillance élargie (enlarged benevolence) qui nous retient de poser des actes qui seraient nuisibles à l’ensemble d’une communauté pour favoriser un cercle plus restreint. Cette bienveillance universelle est source de paix.
Le terme bienveillance (bene-volens) contient le mot bien et la volonté. Juliette Tournand préfère y entendre le verber veiller et la nuance est intéressante. Il y a dans « veillance » une action. Veiller est à la fois l’action de surveiller, de guetter avec une certaine vigilance et provient du verbe latin vigere qui veut dire être bien vivant, vigoureux, éveillé. Mais veiller induit également l’idée de retenue que l’on retrouve dans le concept de bienveillance élargie de Bentham. C’est veiller au sens de prendre un temps avant l’action.

La bienveillance est donc une attitude construite autours de valeurs (le bien, l’universel) qui s’inscrit dans l’action réfléchie. C’est un choix, une option de vie. Je choisis d’orienter mon action pour aller dans le sens de plus de bien-être en moi et autour de moi. Car la bienveillance veut le bien pour autrui mais sans nous exclure pour autant.

À défaut, nous serions dans un paradigme sacrificiel : je me met de côté pour le bonheur d’autrui. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit.

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