La violence, qui est pour ?

 

 

Personne, assurément. Tout le monde se dira contre la violence.

Mais se positionner contre la violence, c’est faire violence à la violence et donc la renforcer.
Or nous nous étions accordés sur le fait qu’il nous faut combattre la violence. Non ?

C’est que ces jolis propos masquent une question d’importance:

Combattre la violence amène-t-il à la paix?

Pas sûr!

Dans ce genre de réflexion les mots sont importants. Utiliser des métaphores de violence et de combat alimente qu’on le veuille ou non la violence que l’on cherche à vaincre. Nous sommes unanimes pour dénoncer et nous opposer à la violence venue d’ailleurs, chez les autres, dans la société, dans le monde,.. Mais que faisons-nous de la violence qui est en nous?

Nous avons tous été un jour ou l’autre victime de violence ou du moins nous nous sommes identifiés comme victimes de violence alors que peut-être nous n’avions à faire face qu’aux inévitables contraintes de la vie. Qu’elle soit réelle ou simplement interprétée comme telle, la violence que nous subissons ou que nous avons subies engendre en nous une violence en retour, résultat de notre désir de vivre et de survivre.
Cette violence, nous n’apprenons pas à la gérer. Tout au plus devenons-nous experts pour la reconnaître chez l’autre, ailleurs, partout, mais pas chez nous, pas en nous.

La violence en nous s’exprime par la colère. Elle est une énergie que nous pouvons utiliser à bon escient ou expulser à travers des comportements qui seront dommageables pour l’autre mais aussi pour soi.
Cette énergie, nous n’apprenons pas à la mettre au service de notre humanité. Les rares personnes qui y arrivent sont portées aux nues tant leur démarche nous apparait comme hors norme. Les Gandhi, les Mandela, les Luther King sont des modèles qui nous semblent tellement hors de portée quand il s’agit de les prendre pour modèles dans nos conflits au quotidien.

Depuis plusieurs décennies, je pratique, j’enseigne un art martial qui est par excellence le terrain d’exploration de nos violences, de nos colères, de nos combats.

Et je m’intéresse particulièrement aux pistes qui permettent de développer notre expertise en matière de transformation de la violence. J’ai été tenté d’écrire gérer plutôt que transformer mais il n’est pas question de gérer la violence. Nous ne sommes pas que des managers ou des comptables de nos vies et encore moins de nos émotions et de notre manière de vivre.

Et comme la violence s’exprime de moins en moins physiquement — et c’est heureux —, il me parait essentiel de prolonger la pratique martiale sur le tatami des dojos par une pratique sur le plan verbal.
Le travail commence par soi. Prendre conscience de ce que nous vivons, de ce que nous avons vécu qui nous a causé souffrances et blessures. Cet art martial que je pratique est l’aïkido. Il nous enseigne à utiliser l’énergie de l’attaque pour la transformer en quelque chose d’autre. La pratique de l’aïkido est avant tout un apprentissage corporel de la manière de recevoir ce que nous sommes en train de vivre, que cela vienne de l’extérieur ou que cela vienne de nous.

Tant que nous n’avons pas pris en compte ce qui se passe en nous au moment où nous vivons une situation difficile, nous n’avons aucune certitude de ne pas basculer dans la violence d’une manière ou d’une autre.
Nous en avons une belle illustration quand, dans certaines relations avec des personnes qui nous connaissent, nous reconnaissons que l’autre est doué pour appuyer là où ça fait mal. Une simple pichenette éveille alors une douleurs disproportionnée. Et c’est à cette douleur que nous répondons, pas à la pichenette.
C’est également le cas des émotions à effet retardateur, moments difficiles où nous n’avons pas réagi mais qui éclateront quelques heures, quelques jours, quelques années plus tard face à une personne qui ne comprend pas ce qui vous arrive car vous ne faites que réagir qu’à des événements passés.

Face à ces moments, il est important de se tourner vers soi, de questionner sa propre violence, ses propres douleurs ou simplement la sensibilité particulière que nous éprouvons à ce moment.

En première instance, le combat, si combat il y a, se déroule avec moi-même, avec mes difficultés. Et mener ce combat à la manière Aïki, c’est-à-dire dans l’accueil de ce qu’il m’apporte ou de ce qu’il m’apprend est la voie royale pour faire de la magnifique réflexion de Gandhi une réalité:

Sois le changement que tu veux voir en ce monde!